« Je ne photographie pas le monde tel qu’il apparaît. Je photographie ce qu’il révèle lorsqu’on accepte de regarder au-delà du visible. »
La photographie est, pour moi, bien davantage qu’un outil de représentation. Elle est un moyen d’explorer les frontières de la perception, là où le réel cesse d’être une évidence pour devenir une expérience sensible.
Depuis mon premier appareil photo, offert par mon père à l’âge de douze ans, photographier est devenu une manière d’habiter le monde. Très tôt, l’image s’est imposée comme un langage capable de transformer les émotions en regard, les questions en lumière et les silences en formes.
Mon travail ne cherche pas à documenter le réel. Il tente d’en révéler les strates invisibles. Le temps, la mémoire, l’absence, les traces laissées par l’humain ou encore les dialogues silencieux entre la lumière et la matière constituent le fil conducteur de chacune de mes recherches photographiques.
Cette démarche s’est d’abord incarnée dans Un miroir de Paris. Les vitrines, les reflets, les ombres et les transparences y bouleversent notre perception de la ville. L’espace urbain cesse d’être un décor pour devenir un territoire mental où l’homme apparaît moins par sa présence que par les empreintes qu’il laisse derrière lui. Le reflet n’y est jamais une simple duplication du réel ; il devient une porte ouverte vers une lecture plus intime du monde.
Cette exploration se poursuit aujourd’hui dans d’autres séries, qu’elles soient réalisées à Montréal, à Venise ou ailleurs. Chaque lieu devient le prétexte d’une même recherche : comprendre comment la photographie peut rendre perceptible ce qui échappe au regard immédiat. Les villes, les paysages et les architectures ne sont jamais les véritables sujets ; ils deviennent les supports d’une réflexion sur la mémoire, le temps, la perception et les émotions invisibles qui traversent nos existences.
En parallèle de cette écriture contemplative, je développe depuis plus de quinze ans le HUG ME Concept, un projet participatif international consacré à la bienveillance. À travers plus de 3 500 portraits réalisés en France et à l’étranger, j’invite chacun à suspendre le temps quelques instants pour offrir un geste simple : un câlin dédié à une personne aimée.
Si mes séries interrogent ce que le regard ne parvient pas toujours à saisir, le HUG ME Concept explore une autre forme d’invisible : celle du lien humain. Dans ces portraits en noir et blanc, il ne s’agit plus seulement de capter la lumière, mais de la transmettre.
Deux démarches en apparence différentes, mais animées par une même conviction : la photographie possède la capacité de révéler ce qui existe déjà en nous, sans toujours être visible.
Le visible est le point de départ.
L’émotion en est la destination.
Karine

Karine Paoli
« L’acte fondateur de ma création artistique est le cadeau que me fit mon père le jour de mes 12 ans, mon premier boitier. Il permit à l’adolescente que j’étais de transformer sa révolte en création.
Du 1er polaroïd à la pellicule argentique, au numérique et à mon téléphone portable, l’appareil photo est un prolongement de moi-même, mon troisième œil qui fige dans une acceptation positive ma vision du monde.
« Un miroir de Paris » est le pendant visuel de la « camera obscura » où l’image est vue à l’envers, mais de cet envers une vérité jaillit, et qui laisse deviner à mon sens l’essentiel, une ombre furtive et graphique, un détail urbain invisible au plus grand nombre, une ville fantôme détruite, une nature « graffée », l’œil voit au delà de ce qui est montré.
Dans cette pratique artistique, ma vision balaie le monde comme un décor où l’Homme n’est présent que par les traces qu’il y a laissé.
A contrario j’ai créé le HUG ME Concept où cette fois, l’Humain prend sa dimension à mon sens, la plus noble : celle de la bienveillance.
Il s’agissait aux premiers temps de la photographie de ne pas bouger, de prendre la pause, j’ai décidé de retrouver ce rythme mais que ce temps soit dédié à l’Autre.
Dans cette pratique en noir et blanc, pendant quelques minutes, le temps est figé et dédié uniquement à une personne à qui l’on tient et à qui on souhaite dédicacer un HUG.
Plus de 3 000 portraits ont été réalisés, en France et à l’international.
Ce projet de « vie » a une date de début mais pas de fin, il voyage au fil du temps et des continents, selon mes envies et les rencontres, il se passe et se repasse comme un relais.
Il ne s’agit plus de peindre la Lumière selon l’étymologie du terme Photo Graphie mais bien de la partager. »
Texte de Laurence Guerreri – Galeriste
